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16/10/2012

qui tu es, ou tu vis, qu'est ce que t'aime

tout s'est additionné la dedans sans évoluer, les questions se sont superposées aux autres sans les occulter, les habitudes et des peurs cohabitent, celle de vieillir avec celle de ne pas grandir... Et puis ces questions que l'on me pose, cet enfant qui me parle de l'intérieur, cette peur de tomber à côté.

 

ou c'est chez toi?

dans le coeur de ceux que j'aime, je crois. dans les bras où je me retrouve un peu, dans les regards qui me disent que tout ira bien.

Mais tu ne comprendrais pas.

Alors disons peut être un peu dans la forêt, juste après les arbres pleins de mousses, quand on sort du chemin, et puis derrière ce grand rocher sur la côte sauvage, pour regarder les vagues...

Mais ce n'est pas encore ce que tu attends...

Chez moi c'est un peu chez mes parents, même si ce n'est pas chez eux... C'est un peu ma chambre d'ado même si elle est occupée par quelqu'un d'autre, c'est un peu mon premier appartement minuscule, et le suivant de la province, et puis mon  dernier merveilleux appartement lumineux... leurs murs qui me murmurent ce qu'on a partagé.  Même si je ne peux plus y retourner. C'est un peu cette maison nouvelle que j'apprend à apprivoiser tout doucement en posant des regards plus tendres sur chaque pierre pour qu'elle me porte enfin un souvenir qui la fasse un peu mienne... son petit jardin surtout que j'apprivoise en mettant des plantes partout, parce que les plantes sont vivantes et ont besoin qu'on s'occupe d'elles... Elles ont besoin de moi... et je suis chez moi où on a besoin de moi.

Mais ce n'est pas suffisant. Tu sais que ce n'est pas si simple. J'aimerai te donner une adresse, je crois que chez moi c'est juste où je peux m'endormir. Mais je ne dors pas bien.

 

qui tu es toi?

Une fille, je crois. A mon âge une femme peut être plutôt. Une gamine fragile qui a peur. plutôt une femme dure à force d'être forte. l'amour. la peur. l'abandon. la douleur. la ténacité. Non. ça je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Je suis celle que tu veux bien aimer. Mais ça ne peut suffire à personne.

 

 

t'aime quoi ?

Absolument, nécessairement l'amour. j'aime aimer le plus possible, c'est la seule chose que l'on puisse faire de beau dans sa vie. j'aime la musique parce que tout me ramène à elle et qu'elle me ramène à tout le reste. j'aime le chiffre 7 et puis le 5 aussi un peu, sans aucune raison. J'aime les gens. Les odeurs de mousse dans la forêt, Mélanie Laurent, les crèpes, les rochers suchards, le crayon sur les yeux, les jeans, le gris, les plantes, les fleurs... Le reste je ne sais pas... Je crois que j'aime tout et que ça m'empèche de savoir ce que je veux vraiment. J'aime tout sans que rien ne me soit indispensable jamais. Rien en dehors de ceux que j'aime. J'aime manger quand j'ai faim mais je me moque de savoir quoi. J'aime faire durer une soirée agréable mais je me moque de savoir où. J'aime les gens que j'aime mais cette réponse ne suffira à personne au moment de choisir le restau.

Alors j'ai donné mon adresse, mon âge, mon métier et un plat au hasard. Parce que les gens ont besoin de penser que je veux des choses normales, que ça m'importe, que j'ai des préférences pour les choses simples de la vie. J'apprend à faire des choix arbitraires pour alléger leurs impressions, pour faciliter les choses.

Mais toi mon ami, mon frère, ma belle, mon amour... toi à qui je tente de répondre pour ne pas perdre ton amour... derrière la buée de mon cerveau que je torture pour comprendre ce que je veux vraiment, ce que j'aime, sache que la seule chose qu'il me crie en pleurant c'est qu'il t'aime toi, et qu'il se fout du reste.

08/10/2012

la dedans

Comme un immense amour. Un coeur rempli comme un pichet qu'on bouscule...

Il y a cette gamine qui va bientôt avoir trente ans...

Cette petite enfant qui dort encore avec un ours en peluche et qui sait parfaitement voir ce que les autres oublient parfois, qui sait se donner toute entière dans un rire... Cette petite enfant qui se rempli le coeur sans savoir mettre des barrières... qui se demande soudain pourquoi les brins d'herbe ne font pas tous la même taille, qui s'imagine des histoires de trésors et qui fait bouillir du jus d'orange pour savoir si la vapeur aura du goût...

Il y a aussi cette ado écorchée qui n'arrive pas à arrêter juste un peu de rejeter l'autorité, qui se protège dans sa liberté qui l'étouffe, dans ses réflexions qui n'ont plus d'écho, dans ses terreurs de l'autre, de l'Autre qui se connait et qui peut faire si mal, si mal, si mal quand toute la peau ne tient plus qu'a un ruban de larmes... qui se demande pourquoi la vie... qui elle est... pourquoi ne pas fuir, pourquoi grandir, pourquoi salir, pourquoi pas tout jeter tout jeter...

Il y a aussi cette femme usée, cette femme qui a senti la vie, qui l'a vu croitre en elle, dans ses seins épanouis, dans son ventre arrondis, dans ses hanches confortables, qui l'a sentie s'enfuir, qui l'a perdu, perdue deux fois, perdue sa vie à la fois... cette femme qui ne croit plus, qui ne sait plus, cette femme dont les questions s'éteignent dans la gorge froide, cette femme aux traits qui se creusent, aux orbites qui s'enfoncent, aux yeux qui se ferment sur les sursauts de son coeur... qui se demande encore juste pourquoi... pourquoi lui, pourquoi moi, pourquoi eux... qui s'épuise à ne plus savoir où chercher...

Il y a cette adolescente aux yeux de petites filles qui va avoir trente ans et dont la tête malade semble avoir porté plus de poid que la vie. Ca fait tellement de monde là dedans... tellement de monde que je ne me sais plus.

07/10/2012

confectionner le bonheur

Je crois fermement qu'on peut fabriquer le bonheur, comme on confectionnerait un petit oiseau de papier...

en prenant bien garde de ramasser tous les petits morceaux qu'on peut, en les disposant avec soin, avec precision, un peu en équilibre, précaire mais présent, en prenant garde de ne pas corner le coin des pages qui se tiennent encore un peu, en soufflant doucement sous ses ailes ...

c'est parfois si dur...

Si dur chaque fois que notre oiseau explose, implose, se brise, se déchire, se dilette en bandes de papier détrempé délavé déchiré... taché...

reprendre un par un les confettis salis, les laver, les sécher, les trier, réapprendre à les aimer comme on chéri ses souvenirs, petits à petit les rassembler, reconstruire un oiseau...

fermer les yeux...

imaginer encore ce petit oiseau des miettes de papier dont on n'a pas voulu, des petits morceaux blessés qui voudraient s'envoler

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je te laisse toutes mes plumes mon ange... Tous mes rêves doucement assemblés... je garde quelques larmes sur mon mouchoir en papier pour doucement reconfectionner un bonheur en papier sans jamais t'oublier... parce que chaque morceau porte le souvenir d'une page de ma vie qui croyait au soleil...

13/05/2012

le bonheur des uns...

Quand le bonheur des uns fait le bonheur des autres... quand le bonheur des autres fait le mien... juste aimer ces rayons qu'ils dégagent, profiter du rayonnement de leur soleil... Sereinement sourire, être heureux d'eux.

Parce que penser qu'il y a "plus malheureux" sur cette Terre ne m'a jamais remonté le moral, au contraire, penser aux enfants qui ont faim ne m'a jamais rouvert l'appétit... Mais que penser à ce qui va, à ceux qui vont, réchauffe nos coeurs sans perdre nos valeurs...

Merci. De pouvoir ressentir les choses comme ça. Avec délectation.

03/05/2012

il était temps

C'est bizarre comme le malheur, parfois, ça peut nous couper de nous même... Nous faire prendre un recul sur tout ce qu'on considérait comme essentiel dans notre vie... Une demi heure qui foire dans ma classe, un mot dur dans la rue, un reproche a demi mot, une heure perdue, une amie qui s'éloigne, quelqu'un qui nous sépare... Tout ce qui pouvait provoquer des crises d'angoisses ingérables a tellement disparu... Ce monde me semble loin... Loin comme toi. C'est dingue le recul que ça a pu me faire prendre sur tous les moments de ma vie... Comme plus rien ne m'affecte vraiment... Comme seule la mort me terrifie, la perte ultime irréparable, injuste, définitive, l'abîme, l'abîme...  La mort et l'enfermement. Tout le reste coule tranquillement... Je me surprend à sourire bloquée des heures dehors sous la pluie sans téléphone, je me vois chercher une clope quand ma voiture ne démarre plus, je me retrouve a hausser les épaules sans souffrir de voir une séance prendre du retard, je me découvre à juste attendre tranquillement, je me sais si loin et si intouchable par qui que se soit désormais... je me sens juste m'en foutre de tout ce qui m'aurait tordu le ventre... Les gens qui ne savent pas me regardent avec un mélange d'incrédulité et de joie... mes progrès sont inconcevables, aucune thérapie ne peut marcher à ce point, j'ai l'air d'avoir découvert le secret du bonheur... Oui j'ai progressé putain, et sûrement sur le chemin du bonheur, car plus aucun de vos petits nuages n'a plus la moindre capacité d'assombrir mon humeur... Mais à quel prix... Il faudrait dire le risque, le risque ultime de me confronter à la mort... Il faudrait dire les années à embrasser mon ventre, les nuits blanches et acides du souvenir, les sanglots dans vos prénoms, les lumières des bougies que j'allume dans mes chapelles ardentes... Les prières sourdes et la sensation de les avoir trahie d'être là, le désir de me substituer à un seul d'entre eux qui méritaient tellement plus que moi, les larmes tièdes sur les dessins d'Aurore, les larmes chaudes qui me brûlent la gorge en coulant en dedans devant les sourires de Nico, les larmes froides qui perlent sur les cils au détour de l'odeur du tabac de dédé, les larmes amères en écoutant le chanson de mon père qui lui parle du sien... et les larmes sèches, les larmes mortes de mon ange, la douleur de la mort qui me prend au ventre un jour sur deux... les montés soudaines et incontrôlées de mes larmes de mort qui me polluent la vue...

Il y a quinze ans que je ne suis plus qu'une boule de terreurs, de craintes, qu'une braise douloureuse qui ne sait comment survivre sans détruire tout ce qu'elle touche, sans que chacune de ses larmes fasse un trou dans sa chair calcinée dans un petit nuage de fumée humaine... et d'un coup je suis devenue juste sereine. Je suis plus heureuse que je n'ai jamais pu le concevoir seulement depuis plus de la moitié de ma vie... Je suis calme. Mon coeur se panse doucement dans un bocal d'eau douce... Je n'aspire plus qu'a vivre comme ça toute ma vie... c'est un tel soulagement... une telle douceur.... la tendresse... c'est quelque fois se trouver bien... se trouver propre. Se réveiller chaque matin sans être déçue de se réveiller, c'est même vouloir vivre, et pas seulement pour les autres, mais pour profiter encore de ce coton enveloppant. Il n'y a qu'une chose que je n'arrive pas à faire. Le deuil. Le deuil c'est pas un truc qui me parle. Je comprend pas. Un mort c'est un trou dans ma vie. Un vide. Je ne comprend pas qu'on puisse dire qu'avec le temps... Pour moi le temps ne rebouchera jamais de vide. Il manquera toujours des lumières quelque part. Et peut être que je ne pourrai plus jamais avoir d'enfant. Ca semble de plus en plus probable. Au fond ce n'est pas douloureux. J'aimerai, bien sur, mais je ne ressens ni douleur ni terreur de cet état de fait. La mort de mon ange me torture oui. Elle le fera toujours. Son manque est infini. Mais le reste, le fait de ne pas donner la vie, ce n'est pas la mort. Il n'y a que la mort qui soit terrifiante, injuste, cruelle, douloureuse.

Je pense à Nico, à Aurore, je me dis qu'ils méritaient infiniment plus que moi. Qu'ils faisaient plus de bien. Qu'ils étaient plus indispensable a l'ordre du monde. Et je ne comprend pas. Je n'aime pas ne pas comprendre. Je pense a cet ange disloqué, a cette mort qui aurait été évitée si on m'avait prise à leur place. Je ne comprend pas. Mais j'ai un morceau de ciel au dessus de ma tête, du vent dans les cheveux, je suis libre alors je suis bien là. Je n'ai pas envie d'en partir. Je n'ai plus envie.

Ca fait maintenant assez longtemps pour que je sois sure que ce n'était pas encore un tour capricieux de ma tête malade, que ce n'était pas un calme apparent qui prépare encore une tornade auto destructrice...

On m'a dit que j'étais sage. Je crois que je suis juste devenue calme. D'un calme qui ne rend pas les autres fous. d'amour, de folie, de peurs, de rage, de désespoir, de tout le bordel et la tempète qui me brûlaient les tempes... D'un calme qui n'inspire rien de ce que j'avais besoin d'inspirer, d'un calme qui aspire à autre chose. A plus grand chose. D'un calme qui rend les autres calmes aussi. Un truc qui ne soulève pas de passions, un truc apaisant. Reposant. Il était temps.