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03/08/2014

L'âge de raison

Bon j'étais partie pour vous parler du 1984 d'Orwell, à la base. Et puis par une association (tordue) d'idée je me suis mise à penser à l'âge. Pas si tordue, en fait, juste que 1984 c'est presque 1985 -wow- et 1985 c'est mon année (han trop de scoop dans le billet), et donc par là je pense à mon âge, et au fait que l'âge que j'ai me fait peur pour certaines choses seulement, et donc au fait que l'age peut être un problème et de là je pense aux relations qui ont un écart d'âge important et de là, à la crise de la quarantaine. De là à partir sur une dissertation sur l'influence de la pêche à la baleine dans la vie quotidienne au Guatemala (j'adore le nom de ce pays) il n'y a qu'un pas. Que je ne franchirais pas aujourd'hui, donc, puisque je me suis arrêtée avant. Tant pis aussi pour Orwell, vous aurez qu'à le lire, puisque je me suis arrêtée après.

L'âge ça me passionne. On pourrait en parler pendant des heures. De l'âge que l'on a, de celui qu'on a l'impression d'avoir. Du temps qui nous rattrape, parfois, bizarrement.

Moi je suis à l'âge où on a l'impression d'avoir toute la vie devant soi. Et où parfois on prend nos premières claques. Celle du docteur qui dit que la fécondité baisse déjà depuis trois ans pour nous. Celle des enfants des autres, à défaut des nôtres. Celle où on nous regarde bizarrement quand on dit "je sais pas, je verrai"... L'âge où apparemment on est censé se poser. Un peu plus tard pour les garçons. Les hommes font une crise de la quarantaine, je pense que pour nous ça doit être à la trentaine. On a les même pressions à 30 ans que vous à 40. Physiologiquement. et donc socialement. ce qui est parfaitement dégueulasse, j'en conviens, mais ça ne change rien.

D'un coup il y a un réel besoin biologique (pour les hommes, c'est plus tard que l'urgence se fait sentir), c'est comme si pendant près de trente ans tout le monde nous disait "ça va c'est coooooooooooooool t'es jeune" et que d'un coup tout le monde fronçait les sourcils en ayant l'air de dire "ha bon???? toujours pas??? mais il faudrait peut être t'y mettre!!!"... Bon ça a l'air axé sur la maternité parce que je pense vraiment que c'est au centre de tout ça. Cette propension à se reproduire. Mais en vérité cela englobe tout. Orientation professionnelle, vie maritale (ou assimilée), achat d'un appart... C'est comme si, à trente ans pour les femme et a quarante pour les hommes, tout devait être posé. Etabli. Figé.

flippant.

Comme si tu avais le droit de te poser des questions à 20ans mais plus à 30, comme si c'était un suicide social que de changer de route, "maintenant". C'est un suicide mental que de ne pas le faire à cause de ça.

 

Et puis tout le monde ne vieillit pas pareil, non plus. Il y a des gens âgés, je pense à des hommes qui avaient des postes à responsabilité, qui ont arrêté de travailler très tard, qui ont toujours été sollicités pour innover, rechercher, entreprendre... qui moucheraient n'importe quel autre en une minute, même encore, même aujourd'hui, même a 80 ans.

Je pense à mon grand père qui a traversé la vie à coup de machette et qui est genre cent mille fois plus intéressant que n'importe quel homme de trente ans, que tu peux l'écouter toute une journée la bouche en rond en le regardant avec adoration.

Je pense a des amis de cinquante ans que je vois parfois autour d'un vin corse ou italien, qui me rendent l'impression d'avoir quatre ans tellement j'aime les écouter parler, me repaître de ce qu'ils m'apprennent, m'entourer de leurs réflexions, me débattre dans leurs idées quand elles s'entortillent autour de mon petit cerveau quand je n'ai pas les mêmes. J'aime qu'on me bouscule les neurones. Et la jeunesse n'a jamais eu cet apanage.

Je pense à ce prof de littérature du 17ème siècle auprès de qui j'aurai littéralement pu passer des mois sans respirer juste pour l'écouter, pour me sentir me remplir de tout ce qu'il était capable de me donner, pour me sentir une autre après chacune de ses diatribes...

Je pense à ce monument d'homme qui m'a prise sous son aile comme on héberge un oiseau et qui m'impressionnait tant que je me sentais toujours maladroite dans tous mes raisonnements malgré toute l'emprise que j'avais sur lui, malgré tout l'amour qu'il mettait entre son cerveau rôdé et le mien...

Je pense à mon père aussi, à sa formidable capacité à être toujours juste et à sa façon de tranquillement découper mes analyses pour y insérer des tranches de sa vérité qui me rendent plus épaisse, plus consistante, plus dense.

Moi qui arrive souvent avec des opinions tranchées que je défend farouchement même quand ce ne sont pas les miennes, moi à qui il arrive souvent de défendre une opinion qui n'est pas la mienne juste parce qu'elle n'est pas celle de mon interlocuteur, pour le plaisir de la joute, pour le plaisir des mots qui se répondent, des arguments qu'on démonte, des exemples qu'on étire, des idées qu'on transforme... Juste parce que penser la même chose ne nous fait pas évoluer... Même s'il est frustrant de combattre pour une opinion qu'on ne pense pas, de faire croire aux gens que l'on a cette idée qu'on trouve soi même stupide, en sachant qu'on va perdre parce que c'est indéfendable, qu'on va perdre mais qu'on va gagner en secret puisque l'inverse correspond à ce que l'on pense vraiment, qu'on va perdre mais qu'on va gagner infiniment plus en grandissant tout au long de cette joute. En tentant de désarçonner son adversaire pour retarder la mise à mort, en tentant de nuancer pour le plaisir des petites victoires...Moi dont les amis de mon âge disent qu'il ne faut pas m'écouter pour ne pas que je les convainque de n'importe quoi, si vous saviez... si vous saviez comme je les aime, ces hommes qui savent tellement, tellement que je n'ose pas, que je tente furtivement de toutes petites intrusions dans leur raisonnement, que je n'ose interrompre, que je questionne avec avidité, avec passion, que j'observe sans oser demander.

Je pense aussi bien sur à des gens de mon âge que je trouve passionnant et avec qui j'aime me retourner le cerveau dans des parties endiablées d'orgies sémantiques, à mes écrivains que j'aime lire autant que de débattre avec eux. A ces auteurs qui ne me font pas peur et avec qui l'échange est un plaisir... Au moment où ils m'envoient leur tapuscrit, leurs livres, avec les petites dédicaces, les petits mots en annexe juste pour moi, pour guider un peu nos discussions à venir, juste pour me donner ce qu'ils ont de plus beau.

Moi j'aime bien l'idée de vieillir parfois, dans tout ce qu'il y a de beau là dedans. Je vais devenir une petite vieille toute ridée avec des yeux qui brillent et quand je serai fatiguée de vous donner des secrets sur la vie que vous commencerez juste à déchiqueter je vous raconterai n'importe quoi pour le plaisir de vous faire croire que je perd la boule...

Je sais plus du tout du tout du tout de quoi je voulais parler, à la base, là.

Désolée

 

 

 

 

 

Commentaires

Les gentilles petites dictatures des "normes sociales", l'horreur, l'horreur... ce qui est bien, c'est qu'au bout d'un moment, les gens finissent quand même par laisser tomber.

Je décrète le droit absolu à toute personne de rater sa vie comme elle l'entend. Bordel !

Écrit par : Z. | 08/08/2014

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