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08/11/2012

Il y a quelque chose de si juste... si juste...

A l'heure ou tout le monde commence à avoir peur de rentrer seuls, elle les voit arriver, s'assoir en terrasse tout autour d'eux, guetter le signal pour avancer les mains, pour froler les lèvres, pour se caresser des yeux, passer du regard attentif et subtilement soutenu aux oeillades complices. Et donner la dernière estocade. Elle sourit de les voir tous si attentifs à bien tenir leur rôle, à assurer leur jeu. On dirait une partie d'échec ici, il y travaille depuis longtemps, une danse par là, on voit bien que les deux sont déjà d'accord, qu'ils prolongent juste un peu cette partie, pour le plaisir. Elle les trouve drôles, un peu touchant, et ça la fatigue aussi. Elle n'a pas envie de repasser par là. Elle n'a pas envie de jouer, ce soir elle est fatiguée.

Elle le regarde à la dérobée, un peu par en dessous. Il est tellement concentré sur ce qu'il fait, c'est touchant.Elle sent contre le tissu près du coude le frottement tranquille de sa manche et elle se décale un peu. Juste un peu, pour le sentir vraiment, pour ne pas perdre ce petit contact ténu. Il tourne la tête en finissant sa phrase et elle sourit. Elle ne l'a pas écouté, elle pensait à autre chose.

Le soleil descend déjà, elle voit la lumière jouer sur son épaule, elle n'a pas envie de partir. Elle voudrait poser sa tête juste là, dans le petit creux de son épaule où elle s'emboite si bien. Elle ne sait plus pourquoi ils ne sont pas ensemble. Elle ne sait pas pourquoi ils seraient ensemble, non plus. C'est pour ça, sans doute. Mais ce soir elle est fatiguée, elle a retiré ses talons et défait ses cheveux, elle n'a pas à faire semblant avec lui. Elle n'a pas a être mieux qu'elle n'est. Elle peut être juste là, comme ça.

Elle ferme les yeux un moment, il est assis tout près, elle voudrait bien que ça s'arrête, elle aimerait bien dormir là ce soir, à côté de lui, tranquillement, ne pas avoir à chercher ailleurs l'approbation, l'intérêt, l'amour, juste se vautrer dans leur bien être si calme, si calme. Ce serait facile de l'embrasser. Il la laisserait peut être faire. Ils feraient l'amour doucement, comme on se promène en se tenant la main. Elle est fatiguée de tenir le bras de ses amis et les hanches de ses amants, elle voudrait juste tenir sa main, doucement, comme avant. Elle avait peur de s'endormir dans cette histoire mais cela fait trop longtemps qu'elle a perdu le sommeil.

Elle avance un peu son visage, elle tremble de l'intérieur. Elle attrape un verre en même temps que lui, leurs mains se touchent, il sourit tranquillement, il n'a pas senti. Elle soupire. Tout sera si compliqué ensuite, est ce qu'ils seront ensemble? Est ce que c'est ce qu'elle veut? ... mais non, ce qu'elle voudrait, là, c'est juste se reposer contre son torse tiède dans ses bras qui la connaissent par coeur, c'est juste un baiser qui ne promettrait rien. Elle ne veut pas que quoi que ce soit change, elle veut cette tendresse sans qu'elle ne veuille rien dire de plus. Celle que l'on prend par habitude, celle que l'on prend sans y penser. Elle voudrait juste ça, ce soir, mais ça ne marche pas comme ça.

Il y a un soupir qu'elle étouffe. Et un dernier verre d'eau.

Pourtant cette petite tentation des gestes tendre, elle semble si naturelle... elle sait qu'il les retient aussi. Elle ne sait plus pourquoi. Elle voit parfois son bras se relever vers elle puis changer de direction, un peu trop brusquement, un peu maladroit, sans savoir où se poser désormais. Tout ça semble tellement normal, le jour, et si absurde, ce soir. Elle voudrait juste arrêter le manège. Poser sa tête contre lui. Il voudrait la même chose. Embrasser ses cheveux. Elle ne sait plus pourquoi ils se retiennent. Elle voit parfaitement les moments qui vacillent, elle sait quand elle pourrait. Mais elle sait qu'il y aura un après. Que tout peut se briser.

Alors elle se relève et part, avec cette frustration dans le creux du ventre. Sans trop comprendre pourquoi. Et elle rentre dans son appartement vide, fatiguée, elle n'a pas envie de sortir, pas envie d'être seule, pas envie de séduire, tout ça semble si faux. Elle se dit qu'il est seul dans son petit studio là bas, ou avec une autre, simplement, normalement. C'est ce qu'elle a voulu. C'est ce qu'elle veut, surement. Et elle pleure un peu, sans comprendre pourquoi.

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