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22/03/2012

tatouages

Quand je me suis fait tatouer, j'ai écrit ce que je ressentais, ce désir impétueux, ce besoin d'écrire dans la douleur ce qui a été vécu dans la peine, et tout ce que je ressentais à propos de ceux qui me disaient que je regretterais. Qu'il ne fallait pas. Que j'étais jeune et belle, que j'abimais ma peau. Je n'ai pas des tatouages partout, juste deux. Ecrits à deux moments de ma vie charnière. Après quelques années, voilà ce que j'en pense. Je ne serais pas tout à fait moi si on me les retirais. Parce que ce serait comme cacher un peu de moi. Comme cacher cette petite cicatrice, sur mon genoux, ou la couleur de mes yeux quand je pleure.

Parce qu'il y a des moments ou certains mots doivent sortir pour ne plus se heurter aux paroies de notre tête, et d'autres pour lesquels il n'y a plus de mots. D'autres pour lesquels on ne peut capter qu'une sensation. Une lumière. La fulgurante brûlure, une déchirure qu'on chérie, quelque chose qui nous transforme, qui nous rend nous, qui fait partie de nous.

Parce que certaines blessures nous rendent beaux, nous rendent tels que l'on se sent être. Parce que certaines douleurs maîtrisées nous permettent de nous retrouver. Parce qu'on ne peut parfois vivre sans un peu plus que ce que l'on arrive à toucher du bout des doigts.

Parce qu'il est des histoires que l'on a besoin de garder sur soi, contre soi, à fleur de peau, des personnes qu'on veut emmener, des moments qu'il faut savoir arrêter. Parce qu'il faut être capable d'avancer un jour, d'écrire sur une nouvelle page vierge dans sa tête, et que pour ça on doit graver quelque part ce qui nous étoufferait.

Parce qu'il est des choses qu'aucun autre support ne peut protéger de la vie et garder près de nous... Parce que vivre, c'est accumuler des marques, des cicatrices, des rides... Que ces dessins sont juste des marques de la vie qui passe, au même titre que mes cicatrices. Que c'est petit à petit qu'on se dessine. Qu'on se fabrique. Qu'on grandit, aussi. Et que j'ai juste ce besoin de décider, cette nécessité d'être actrice de ce que je deviens. Que je n'ai pas peur de tracer les lignes que la vie n'a pas osée dessiner d'elle même sur ma peau. Et que ces traits font partie de moi tout autant que les points dans mes yeux. Que je les aime.

Alors non, je ne vais pas regretter un jour ces messages sur ma peau, pas plus qu'on ne "regrette" ses cicatrices. Un jour on se plante devant un miroir ou devant un homme et on dit juste "me voilà toute entière". Et avec eux je ne ments pas. C'est juste ne plus cacher ce qui me transperçait, juste un moyen d'être moi, davantage, vraiment.

Il y a la partie que l'on voit, la petite mélodie, les oiseaux qui s'envolent, et j'aime qu'elle fasse sourire. Je n'ai pas envie de faire penser à un cimetière ou à quelque chose de torturé. J'aime que ce soit léger, que ce soit souriant, parce que ça me ressemble. Ca ressemble à ce que l'on voit de moi. Et qui est moi, aussi. et il y a la partie profonde, celle qui a motivé le choix, l'histoire qu'ils racontent, les mots qu'ils rappellent, la chanson dont elle sort, et que peu de gens connaissent... Et la troisième partie, celle qui n'appartient qu'à moi, à moi seule, celle qui a forcé à le faire, celle qui a fait de cette cicatrice nouvelle un besoin impératif, les détails cachés au coeur de mes images, la raison pour laquelle cette note est penchée, le choix de la taille, de l'emplacement, ma clé de ciel dans la clé de sol, le rythme et le soupir, le choix des ailes des oiseaux, les plumes et les égarements, est-ce qu'ils sont sept, est-ce qu'il n'y en a qu'un, qu'est ce qu'ils te rappellent, chacun, avec leur taille, leur faiblesse unique et leur putain de volonté... De qui ils te parlent, de quand, de quoi... Pourquoi là. Pourquoi pas.

Alors non, inutile de partir sur ce chemin, je ne parle pas de mes tatouages. Je ne dis pas "non" non plus, je ne dis rien. Il n'y a rien a en dire. Ils font partie de moi. Je n'ai pas à expliquer mes yeux, pourtant vous sentez qu'il y a là quelque chose qui dit qui je suis. C'est la même chose pour eux. Ils sont là comme je pourrais l'être. Et ils me rendent moi, plus forte, plus sereine, et plus tendre. Parce qu'une fois qu'on est sûr que c'est gravé pour l'éternité on a plus à culpabiliser d'oublier une minute. On peut rire sans craindre d'être en train de les nier. Il y a des souvenirs tendres et douloureux qu'on a besoin de porter comme un parfum d'amour.


Commentaires

Tout pareil. Quatre pièces pour quatre personnes dont je veux me souvenir (dont je dois me souvenir ?), quatre pièces pour quatre moments de rupture, de renouveau parfois.

Écrit par : Cohen | 22/03/2012

parce que ce ne sont "que" des pièces... des pièces qui manqueraient. "rose bud"

Écrit par : lamarie | 24/03/2012

Les commentaires sont fermés.