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01/03/2012

13 ans et toutes tes dents

A 13ans on est plus fort que tout le monde. On sait ce qui est bien, on vomit l'injustice, on revendique l'amour et puis l'égalité. A 13 ans on est amoureux, un peu, et ca fait comme un tsunami quand il te prète un album de lenny kravitz. A 13ans tu voudrais bien tout casser, juste pour montrer que l'essentiel ce n'est pas dans le matériel. Et puis tu te sens romantique, tu dessines au marqueur des coeurs sous les tables et sur tes classeurs... A 13ans tu prends la mouche et tu défends tes idéaux, tu parles de politique aussi, tu jures que vous n'êtes pas pareils, que quand vous allez arriver, votre génération va tout flinguer. Tu connais tout Renaud par coeur, et puis tu cries du NTM, tu te teins les cheveux en rouge, et tu idolatre Kurt Cobain. A 13 ans tout ce qui compte, c'est l'amitié qui dure toujours, c'est ton amoureux qui te frôle juste le bras comme par erreur. Tu passes des heures au téléphone, tu remplis des carnets de mots, tu travailles un peu au collège, juste ce qu'il faut pour pas qu'on t'emmerde. Tu te moques de tous ces vieux cons qui n'ont jamais eu d'idéaux et qui croient qu'en grandissant tu vas changer... A 13 ans t'es pressé d'avancer, t'as juste envie de courir pour pouvoir transformer le monde. Tu donnes tout ce que tu as, même si des fois t'as pas grand chose, et quand tu te trouve changée tu attends tranquillement sous un sweat trop grand de réussir à t'aimer... Tu sais déjà ce que tu aimes, tu sais déjà ce que tu veux, tu sais déjà qui compte et tu es sur de ne pas te tromper. Tu fais des conneries en cachette, tu fumes un peu dans les ruelles, tu sors des fois par la fenêtre et tu construits ton univers. A 13 ans putain tu crois que tout est possible et au fond de ta chambre tu as un vieux sac de marin. T'as du savon, des gateaux et des jeans pour pouvoir partir en stop au bout du monde, bientôt. A 13 ans tu crois qu'on peut pas trop t'aimer parce que quand même tu es pas trop forte à la guitare et tu sais pas faire de roller, pis t'es pas du genre de la fille gentille, t'es plutôt du genre a l'ouvrir en grand, parce que des fois pour se cacher, ya rien de mieux que de se faire remarquer. Parce que tu veux qu'on te regarde et que tu penses pas qu'on le fasse comme ça, que t'as juste besoin d'exister alors tu fais des moulinets de bras et tu parles fort, tu es le copain des garçons, tu es pas dans les filles fleurs, tu es dans les filles qui gigotent un peu trop, mais on t'aime comme ça. Et tu le sais. A 13 ans tu souris avec ton coeur. Parce que t'as toutes tes dents. Et tu rougis d'émotion. A 13 ans t'es propre, et tes larmes tu les comprends pas toujours et elles te font un peu rire parfois. Tes chagrins tes copines les consolent avec trois mots amis et une facture france télécom effrayante...

A 13 ans tu devrais continuer à graver des mots d'amour sur les bancs en bois et à dormir sous la tente dans les jardins a se raconter des histoires de fantomes... A 13 ans ta peau toute neuve et un peu trop fine elle devrait pas exploser. Ton coeur devrait pas vomir. Tes yeux devraient pas voir dans ton reflet ces taches, ces crevasses, ces blessures violentes. A 14 ans tu découvres la haine. La peur. Le dégoût. Tu es sale. Tu découvres que tout était vain. Tout se casse la gueule, d'un coup. Tu regardes cette image de merde avec tes yeux jaunes dans la glace sale et tu te sens sale sale sale... Tu peux plus manger. Tu peux plus dormir. Tu peux plus aimer. Tu peux plus tenir debout. Et puis un jour tu refuses juste d'attendre et de disparaitre, et tu prends toute ta haine avec toi pour affronter le monde. Tu te saignes sous la douche jusqu'a ce que la peau se décolle, tu bouffes jusqu'a l'écoeurement, tu forces les autres a t'aimer. Ces enfoirés, ces dégueulasses, qui osent aimer quelqu'un comme toi, tu les enfonces tu les écrases et tu t'abimes a chaque fois.Tu sais que plus personne ne compte, que personne ne peut entendre, il y a des mots qui trop longtemps ne peuvent sortir d'un corps qui saigne. Tu serres tes putain de dents jusqu'a t'en péter la machoire, et tu t'en vas boxer ta vie. Tu déchire ce corps qui t'a fait tant de mal, tu défonses les gens qui ne peuvent pas comprendre. Tu t'abimes. Tu te perds. Tu apprends à te hair. Et c'est une haine qui colle à la peau.



Commentaires

"- Qu’est ce que tu fais là mon pauvre chou ? À ton âge, on ne connaît pas encore les souffrances de la vie.
- Manifestement docteur, vous n’avez jamais été une fille de 13 ans."

Virgin Suicides

Écrit par : Zarak | 09/03/2012

je crois qu'on minimise beaucoup toutes les souffrances des gosses. même physiques. Les opérations, les blessures... Aujourd'hui si tu tombes et que tu te rappes la main tu en parles pendant 10jours. Eux ils se gamellent tous les jours sans broncher. On leur dit "ça va passer"... Si ton collègue te dis que tu es moche tu te nois dans un mojito en sollicitant du réconfort de toute ta troupe. Eux tous les jours ils entendent des mots qui blessent, et ils pardonnent. on leur dit "c'est pas grave, l'écoute pas"... Ils gèrent. Quand un gamin se plaint, ce n'est pas une petite nature, c'est juste qu'il y a vraiment quelque chose de plus lourd que lui à porter.
Il serait temps qu'on arrête un peu de minimiser la souffrance en la réduisant à un âge... on peut souffrir par amour aussi fort à 15ans qu'a 40, on peut souffrir d'une opération aussi fort a 3ans qu'a 30, on peut souffrir aussi des maux de l'âme et des dégouts de soi à 14ans, souvent plus fort encore qu'a 25. Je crois.

Écrit par : lamarie | 09/03/2012

Les souffrances sont les mêmes à 5, 10, 20 et 40 ans, sans doute. C'est la façon de les gérer et de les exprimer qui change.

Et puis, la souffrance, c'est comme la vie, c'est une carrière. Au début on est un bleu, on pige rien à ce qui se passe ; après on prend du galon, et encore longtemps après, on apprend le stoïcisme, l'humilité, la relativisation, le rire... tous ces talents qui constituent ce que j'ose appeler "l'art de souffrir".

Écrit par : Zarak | 09/03/2012

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