01/08/2014

être "une lumière allumée" (Alexandre Poulin)

Ils ont éteint la lumière. ça fait bien longtemps tu sais. elle a gardé son vieil ours, un peu de sparadrap sur un coin de bureau, une lampe qui explose. à l'origine il y a moi. et puis ensuite... ensuite il y a des coups de pieds dans le vide, des moulinets de bras, le silence. il y a des doutes, il y a la peur. parce qu'il n'est rien resté d'avant, que cette petite rage de tout au fond du ventre percé. cette conviction de n'être plus. d'être sortie de soi. d'être sale mais de devoir être sage, d'être un hurlement mais qui se tait. et de n'avoir pas baissé les bras. même en se haïssant au plus profond de la gorge, même en se détruisant contre toutes les façades, ne pas laisser tomber. marcher marcher encore sans savoir où aller. Sans plus vouloir aller quelque part. regarder son corps que l'on voudrait déchirer, lui arracher tout ce qu'on peut, croiser des regards pleins de désirs, et pour mieux se frapper les soutenir. avec rage. puisque c'est tout ce qu'il en reste. et puis croiser quelques étoiles. ne pas comprendre. ne pas savoir. foutre le feu encore, se carboniser toute seule la gueule. avoir trop peur, ne plus savoir croire. Ne pas croire. Jamais. vouloir vouloir vouloir et puis un jour croiser un mot, un regard, et redevenir sale et petite petite petite et trouée. fuir à toute jambe, se jeter d'un train, d'un bateau, d'une falaise, et puis finalement non. S'allongée sale et vide dans un coin de fossé. prendre une main, sans comprendre qu'en faire. juste aimer la lumière. se faire chauffer le cœur jusqu'à retrouver la couleur, terrifiée. Perdre encore, c'est retomber dans le gris froid de l'autre moitié de soi même. et regarder cette main tendue, l'adorer à en perdre des cauchemars, ne plus la toucher pour la garder là et soudainement la prendre dans la face et la voir disparaître. être perdue perdue perdue se rappeler des poings serrés, de l'eau qui brûle et des coups qui ne me font plus tomber. je suis belle hein, belle comme un soleil, belle comme un arc en ciel, belle comme on a envie d'aimer, belle à rendre fou, belle à cogner, belle à salir, belle à fouler aux pieds, belle à prendre, belle à briser, belle à quitter. il n'y a pas de reste. il n'y a que des corps, des hommes sales dans des salles d'attentes aseptisées qui attendent leur tour de se trouver grands et nobles d'ériger des statues de sel et de laisser tomber, de partir en regardant les morceaux qui crissent sous les pieds. Mais je me dynamite toute seule, mais je n'ai pas besoin d'eux. ils ont éteint la lumière et je ne connais pas les règles. Je ne sais pas les doux transports je ne sais que la rage. Une fois il y a eu l'amour. Je ne suis pas bien sure. est ce que c'est ça l'amour? malgré la peur au ventre, les cauchemars, les déchirements? je suis devenue un monstre à mon tour, j'ai déchiré mon cadeau du ciel, détruit ma rédemption, atrophié ce qui me restait de sentiments. je me suis perdue encore plus profond dans le noir. Petit à petit j'ai recousu des morceaux, même si c'est de travers, accepté des cicatrices, j'en ai dessinées de nouvelles, pansé mes mains sanguinolentes, rangé mon cœur qui bat encore même s'il n'est plus accordé, choisi de vivre. Choisi les choses les plus simples, les vies les plus calmes, les projets les plus petits, et rebâti brique à brique une boite dans laquelle me ranger. Tu me manqueras encore, mais je ne peux plus exploser. Aujourd'hui je ne sais pas comment je pourrais être celle qui donne la vie alors que je n'en ai jamais compris les règles. Pour une fois de l'amour tout blanc me rempli le corps, mais j'ai cette trouille de ne pas pouvoir cacher que je ne sais pas pour de vrai ce que c'est. il me reste quelques mois pour réussir à allumer une bougie, mais elle est noyée depuis si longtemps que je ne sais plus comment faire. Si la flamme apparaît je ne laisserais personne vous éteindre la lumière.

17/03/2013

qui

Il y a des gens beaux, un peu partout dans la lumière. Et puis cette faille, ce trou béant, ce noir du dedans. J'aimerai bien parfois leur ressembler un peu. et parfois juste déchirer les voiles pour faire voir aux passants ce qui déborde de partout, cette chose sale et gluante et noire, juste moi. juste moi. Leur crier "ouvrez les yeux! ouvrez les yeux et partez! partez vite... partez loin..."

17mars

Cette fois ça y est. Dans quelques mois tu pourrais être là. Sur un de ces vélo dont tu n'aurais pas peur. Caché dans un cerceau magique. Je te cherche dans leurs yeux, dans tous leurs yeux. Je cherche ceux que tu aurais aimé, celles qui auraient voulu se ranger avec toi, je cherche dans leurs jeux tes bétises à venir. Je cherche dans leurs rire un écho, un désir, mais leurs cascades claires se brisent dans mon coeur mon amour mon amour comment peut on vivre encore, comment peut on courir quand tu n'as pu marcher, comment peut t'on supporter la caresse du soleil et celle de la pluie... mon amour mon trésor les rires des enfants... je les berce, je les caresse, je ferme parfois les yeux pour respirer leurs cheveux mon amour mon trésor je me regarde de dehors aujourd'hui... je me vois de plus loin... 21h48 maintenant... cette journée est interminable mon trésor... On arrive bientôt au moment terrible. Celui où je te vois. et ce bruit. Ce putain de bruit. Ce putain de putain de bruit. ce bruit. ce bruit là, il ne passera jamais.Il me serre au cou... je le sens dans ma gorge. je te sens dans ma gorge. reviens putain reviens. il faut que je te retrouve...

Desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ? ... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron ;
Modulant tout à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Gérard de Nerval, Les Chimères (1854)

08/03/2013

la distance

quelqu'un m'a dit il y a peu "ça va, elle ne me manque pas vraiment, je sais qu'elle est vraiment heureuse, qu'il y a quelqu'un pour prendre soin d'elle, alors je suis heureux pour elle et ça me va..."

est ce que moi je n'ai pas aussi un peu peur de déranger les gens heureux? Une toute petite part d'impression de ne servir à rien dans ces cas... est ce que je ne préfère pas les regarder de loin, m'éloigner sur la pointe des pieds avec un sourire un peu timide...

Pourquoi il y a des moments ou la distance ne fait plus peur, où je me dis que tout va bien, qu'on est tous à notre place, que tout le monde est heureux comme ça, et d'autre ou elle file le vertige, au bord du gouffre noir, de l'abîme de la séparation...

Tout mais pas l'indifférence tout mais pas le temps qui meurt...