04/08/2014

si le monde m'était conté

J'adore prendre le monde pour une illustration de conte... Me balader dans la forêt en imaginant traverser les pages d'un album magique, pouvoir dialoguer sous la plume d'un dessinateur amusé, m'attendre à voir apparaître une fée au détour du tronc d'un arbre penché...

Dans la plus belle forêt du monde j'ai souvent cette impression... 

Et puis parfois c'est le contraire. je suis le fil d'un mot, je fais résonner un prénom, je caresse juste une feuille brûlée et c'est tout un monde qui se devine, tout un univers qui retient son souffle et s'ouvre brusquement. Brutalement parfois. Je tombe, je tombe je cours je m'allonge le monde tourne et je ne suis plus qu'un aplat de couleur déplacé juste là. perdu.

Dans mes histoires il y a moins que dans la vie. celle où les rochers deviennent de doux dragons, où les pages se tournent au fil des valons, où la lumière devient poussière magique et le vent instrument de musique... comme elle peut être belle, perdue dans la forêt... Quand je serais grande, je voudrais être aimée des arbres.

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03/08/2014

L'âge de raison

Bon j'étais partie pour vous parler du 1984 d'Orwell, à la base. Et puis par une association (tordue) d'idée je me suis mise à penser à l'âge. Pas si tordue, en fait, juste que 1984 c'est presque 1985 -wow- et 1985 c'est mon année (han trop de scoop dans le billet), et donc par là je pense à mon âge, et au fait que l'âge que j'ai me fait peur pour certaines choses seulement, et donc au fait que l'age peut être un problème et de là je pense aux relations qui ont un écart d'âge important et de là, à la crise de la quarantaine. De là à partir sur une dissertation sur l'influence de la pêche à la baleine dans la vie quotidienne au Guatemala (j'adore le nom de ce pays) il n'y a qu'un pas. Que je ne franchirais pas aujourd'hui, donc, puisque je me suis arrêtée avant. Tant pis aussi pour Orwell, vous aurez qu'à le lire, puisque je me suis arrêtée après.

L'âge ça me passionne. On pourrait en parler pendant des heures. De l'âge que l'on a, de celui qu'on a l'impression d'avoir. Du temps qui nous rattrape, parfois, bizarrement.

Moi je suis à l'âge où on a l'impression d'avoir toute la vie devant soi. Et où parfois on prend nos premières claques. Celle du docteur qui dit que la fécondité baisse déjà depuis trois ans pour nous. Celle des enfants des autres, à défaut des nôtres. Celle où on nous regarde bizarrement quand on dit "je sais pas, je verrai"... L'âge où apparemment on est censé se poser. Un peu plus tard pour les garçons. Les hommes font une crise de la quarantaine, je pense que pour nous ça doit être à la trentaine. On a les même pressions à 30 ans que vous à 40. Physiologiquement. et donc socialement. ce qui est parfaitement dégueulasse, j'en conviens, mais ça ne change rien.

D'un coup il y a un réel besoin biologique (pour les hommes, c'est plus tard que l'urgence se fait sentir), c'est comme si pendant près de trente ans tout le monde nous disait "ça va c'est coooooooooooooool t'es jeune" et que d'un coup tout le monde fronçait les sourcils en ayant l'air de dire "ha bon???? toujours pas??? mais il faudrait peut être t'y mettre!!!"... Bon ça a l'air axé sur la maternité parce que je pense vraiment que c'est au centre de tout ça. Cette propension à se reproduire. Mais en vérité cela englobe tout. Orientation professionnelle, vie maritale (ou assimilée), achat d'un appart... C'est comme si, à trente ans pour les femme et a quarante pour les hommes, tout devait être posé. Etabli. Figé.

flippant.

Comme si tu avais le droit de te poser des questions à 20ans mais plus à 30, comme si c'était un suicide social que de changer de route, "maintenant". C'est un suicide mental que de ne pas le faire à cause de ça.

 

Et puis tout le monde ne vieillit pas pareil, non plus. Il y a des gens âgés, je pense à des hommes qui avaient des postes à responsabilité, qui ont arrêté de travailler très tard, qui ont toujours été sollicités pour innover, rechercher, entreprendre... qui moucheraient n'importe quel autre en une minute, même encore, même aujourd'hui, même a 80 ans.

Je pense à mon grand père qui a traversé la vie à coup de machette et qui est genre cent mille fois plus intéressant que n'importe quel homme de trente ans, que tu peux l'écouter toute une journée la bouche en rond en le regardant avec adoration.

Je pense a des amis de cinquante ans que je vois parfois autour d'un vin corse ou italien, qui me rendent l'impression d'avoir quatre ans tellement j'aime les écouter parler, me repaître de ce qu'ils m'apprennent, m'entourer de leurs réflexions, me débattre dans leurs idées quand elles s'entortillent autour de mon petit cerveau quand je n'ai pas les mêmes. J'aime qu'on me bouscule les neurones. Et la jeunesse n'a jamais eu cet apanage.

Je pense à ce prof de littérature du 17ème siècle auprès de qui j'aurai littéralement pu passer des mois sans respirer juste pour l'écouter, pour me sentir me remplir de tout ce qu'il était capable de me donner, pour me sentir une autre après chacune de ses diatribes...

Je pense à ce monument d'homme qui m'a prise sous son aile comme on héberge un oiseau et qui m'impressionnait tant que je me sentais toujours maladroite dans tous mes raisonnements malgré toute l'emprise que j'avais sur lui, malgré tout l'amour qu'il mettait entre son cerveau rôdé et le mien...

Je pense à mon père aussi, à sa formidable capacité à être toujours juste et à sa façon de tranquillement découper mes analyses pour y insérer des tranches de sa vérité qui me rendent plus épaisse, plus consistante, plus dense.

Moi qui arrive souvent avec des opinions tranchées que je défend farouchement même quand ce ne sont pas les miennes, moi à qui il arrive souvent de défendre une opinion qui n'est pas la mienne juste parce qu'elle n'est pas celle de mon interlocuteur, pour le plaisir de la joute, pour le plaisir des mots qui se répondent, des arguments qu'on démonte, des exemples qu'on étire, des idées qu'on transforme... Juste parce que penser la même chose ne nous fait pas évoluer... Même s'il est frustrant de combattre pour une opinion qu'on ne pense pas, de faire croire aux gens que l'on a cette idée qu'on trouve soi même stupide, en sachant qu'on va perdre parce que c'est indéfendable, qu'on va perdre mais qu'on va gagner en secret puisque l'inverse correspond à ce que l'on pense vraiment, qu'on va perdre mais qu'on va gagner infiniment plus en grandissant tout au long de cette joute. En tentant de désarçonner son adversaire pour retarder la mise à mort, en tentant de nuancer pour le plaisir des petites victoires...Moi dont les amis de mon âge disent qu'il ne faut pas m'écouter pour ne pas que je les convainque de n'importe quoi, si vous saviez... si vous saviez comme je les aime, ces hommes qui savent tellement, tellement que je n'ose pas, que je tente furtivement de toutes petites intrusions dans leur raisonnement, que je n'ose interrompre, que je questionne avec avidité, avec passion, que j'observe sans oser demander.

Je pense aussi bien sur à des gens de mon âge que je trouve passionnant et avec qui j'aime me retourner le cerveau dans des parties endiablées d'orgies sémantiques, à mes écrivains que j'aime lire autant que de débattre avec eux. A ces auteurs qui ne me font pas peur et avec qui l'échange est un plaisir... Au moment où ils m'envoient leur tapuscrit, leurs livres, avec les petites dédicaces, les petits mots en annexe juste pour moi, pour guider un peu nos discussions à venir, juste pour me donner ce qu'ils ont de plus beau.

Moi j'aime bien l'idée de vieillir parfois, dans tout ce qu'il y a de beau là dedans. Je vais devenir une petite vieille toute ridée avec des yeux qui brillent et quand je serai fatiguée de vous donner des secrets sur la vie que vous commencerez juste à déchiqueter je vous raconterai n'importe quoi pour le plaisir de vous faire croire que je perd la boule...

Je sais plus du tout du tout du tout de quoi je voulais parler, à la base, là.

Désolée

 

 

 

 

 

02/08/2014

te dire

Il y a eu un moment où les mots étaient vraiment mes amis, où j'arrivais à leur faire dire exactement ce qui bouillonnait en dedans. Je sais pas ce qui s'est passé, à un moment ça a dérapé, ils se sont fait la malle et j'ai plus été capable de parler sans me prendre les pieds dans leur mécanique déraillée. alors j'ai commencé à me taire. 

Aujourd'hui pourtant j'aurai tellement besoin d'eux pour te dire... Pour te dire mes tourbillons dans le ventre et mes peurs insurmontables, mes cauchemars de gosse qui ne partiront plus... Pour te dire comme j'ai eu mal, comme j'ai eu froid, comme j'étais plus forte que le monde entier mais plus fragile qu'un nouveau né... te dire comme j'ai été capable de croire, malgré moi, de croire au soleil, à l'amour, à l'avenir, et comme je me suis éclatée la tête, toute seule, d'y avoir cru. Comme c'était pas possible pour moi, les oiseaux et les ruisseaux qui chantent, comme il restait de la boue, encore, qui me colle à la peau. Comme j'aurai aimé et comme j'ai cru pouvoir et comme je me suis détestée, comme j'ai eu peur, comme j'ai eu mal de toi. Comme j'ai toujours tenu à ce qu'on ne m'aime pas, à ce qu'on me traite comme moi, comme j'ai toujours eu besoin du mépris dans les yeux des gens pour croire à leur sincérité, parce que les autres étaient aveugles, surement. 

Ton silence, ce mépris. ton mépris c'est la mort qui revient me cracher au visage, c'est mes "je vous l'avais dit" qui gagnent. parce que je l'ai toujours dit hein, qu'il fallait pas m'aimer. Que j'étais sale du dedans, que je savais pas le bonheur, que je détestais qu'on m'aime. Que je ne croirais personne parce qu'à la fin j'y arrivais toujours, à dégoûter de moi. que j’abîmais les autres au passage. tu as dit que tu n'étais pas les autres. on a pas réussi à s'accorder, je suis d'une musique trop dissonante pour ne pas fatiguer.  Et pourtant je voulais tellement y croire... 

01/08/2014

être "une lumière allumée" (Alexandre Poulin)

Ils ont éteint la lumière. ça fait bien longtemps tu sais. elle a gardé son vieil ours, un peu de sparadrap sur un coin de bureau, une lampe qui explose. à l'origine il y a moi. et puis ensuite... ensuite il y a des coups de pieds dans le vide, des moulinets de bras, le silence. il y a des doutes, il y a la peur. parce qu'il n'est rien resté d'avant, que cette petite rage de tout au fond du ventre percé. cette conviction de n'être plus. d'être sortie de soi. d'être sale mais de devoir être sage, d'être un hurlement mais qui se tait. et de n'avoir pas baissé les bras. même en se haïssant au plus profond de la gorge, même en se détruisant contre toutes les façades, ne pas laisser tomber. marcher marcher encore sans savoir où aller. Sans plus vouloir aller quelque part. regarder son corps que l'on voudrait déchirer, lui arracher tout ce qu'on peut, croiser des regards pleins de désirs, et pour mieux se frapper les soutenir. avec rage. puisque c'est tout ce qu'il en reste. et puis croiser quelques étoiles. ne pas comprendre. ne pas savoir. foutre le feu encore, se carboniser toute seule la gueule. avoir trop peur, ne plus savoir croire. Ne pas croire. Jamais. vouloir vouloir vouloir et puis un jour croiser un mot, un regard, et redevenir sale et petite petite petite et trouée. fuir à toute jambe, se jeter d'un train, d'un bateau, d'une falaise, et puis finalement non. S'allongée sale et vide dans un coin de fossé. prendre une main, sans comprendre qu'en faire. juste aimer la lumière. se faire chauffer le cœur jusqu'à retrouver la couleur, terrifiée. Perdre encore, c'est retomber dans le gris froid de l'autre moitié de soi même. et regarder cette main tendue, l'adorer à en perdre des cauchemars, ne plus la toucher pour la garder là et soudainement la prendre dans la face et la voir disparaître. être perdue perdue perdue se rappeler des poings serrés, de l'eau qui brûle et des coups qui ne me font plus tomber. je suis belle hein, belle comme un soleil, belle comme un arc en ciel, belle comme on a envie d'aimer, belle à rendre fou, belle à cogner, belle à salir, belle à fouler aux pieds, belle à prendre, belle à briser, belle à quitter. il n'y a pas de reste. il n'y a que des corps, des hommes sales dans des salles d'attentes aseptisées qui attendent leur tour de se trouver grands et nobles d'ériger des statues de sel et de laisser tomber, de partir en regardant les morceaux qui crissent sous les pieds. Mais je me dynamite toute seule, mais je n'ai pas besoin d'eux. ils ont éteint la lumière et je ne connais pas les règles. Je ne sais pas les doux transports je ne sais que la rage. Une fois il y a eu l'amour. Je ne suis pas bien sure. est ce que c'est ça l'amour? malgré la peur au ventre, les cauchemars, les déchirements? je suis devenue un monstre à mon tour, j'ai déchiré mon cadeau du ciel, détruit ma rédemption, atrophié ce qui me restait de sentiments. je me suis perdue encore plus profond dans le noir. Petit à petit j'ai recousu des morceaux, même si c'est de travers, accepté des cicatrices, j'en ai dessinées de nouvelles, pansé mes mains sanguinolentes, rangé mon cœur qui bat encore même s'il n'est plus accordé, choisi de vivre. Choisi les choses les plus simples, les vies les plus calmes, les projets les plus petits, et rebâti brique à brique une boite dans laquelle me ranger. Tu me manqueras encore, mais je ne peux plus exploser. Aujourd'hui je ne sais pas comment je pourrais être celle qui donne la vie alors que je n'en ai jamais compris les règles. Pour une fois de l'amour tout blanc me rempli le corps, mais j'ai cette trouille de ne pas pouvoir cacher que je ne sais pas pour de vrai ce que c'est. il me reste quelques mois pour réussir à allumer une bougie, mais elle est noyée depuis si longtemps que je ne sais plus comment faire. Si la flamme apparaît je ne laisserais personne vous éteindre la lumière.

17/03/2013

qui

Il y a des gens beaux, un peu partout dans la lumière. Et puis cette faille, ce trou béant, ce noir du dedans. J'aimerai bien parfois leur ressembler un peu. et parfois juste déchirer les voiles pour faire voir aux passants ce qui déborde de partout, cette chose sale et gluante et noire, juste moi. juste moi. Leur crier "ouvrez les yeux! ouvrez les yeux et partez! partez vite... partez loin..."